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Trop de Jaenada
ne peut nuire à la santé

par Thierry Gandillot
(Les Échos, 04/10/11)

 

 

 

 

La scène la plus drôle de cette rentrée littéraire, vous la trouverez dans le roman millésimé du pétillant Philippe Jaenada. On vous plante le décor. Paris, mairie du 13 e arrondissement. Bix Sabaniego, romancier de son état, s'avance pour recevoir le renommé prix Vialatte et les 3.000 euros qui vont avec. En même temps qu'il lui glisse l'enveloppe, le maire lui souffle que les temps sont difficiles : le chèque n'est que de 2.000 euros. Mais l'élu économe supplie le romancier, un peu désemparé, de garder cette information par-devers lui. Stupéfaction toutefois du lauréat qui avise du coin de l'oeil le buffet « open champagne » prévu pour les invités de cette aimable sauterie.
Au cours du repas arrosé qui s'ensuit dans un restaurant de quartier, Bix exhibe le chèque, dégradé comme la dette grecque après le passage de Moody's, devant amis et jurés venus fêter l'événement. Funeste erreur. Dans un accès de fureur, un poète oulipien, déjà fort à point, en fait, par rétorsion, des confettis.

Virée éthylique

Loin dans l'après-midi, on rentre chez soi. A l'exception du poète, lequel enfourche son vélo et tente une accélération, ayant seulement oublié de décadenasser l'antivol. « Nous l'avons couché sur le trottoir au pied de son engin. Il s'est endormi avant que nous nous soyons redressés. Cet homme-là ne fait pas dans la demi-mesure. »
Désertant peu après le domicile conjugal à la suite d'un énervement passager, Bix commence par trouver refuge dans un rade où il a ses habitudes -du côté de la Chapelle, semble-t-il, le Métro Bar, alternant bière et whisky ( « trop de bière ballonne et trop de whisky déboussole »). L'affaire pourrait s'arrêter là. Elle va se compliquer, Bix mettant un certain entêtement à ne pas retrouver le chemin de son appartement, l'épouse et l'enfant qui vont avec.
A la suite d'une overdose de « 16 », le romancier se réveille en vrac dans la cave insalubre qui sert d'abri à l'un des habitués du Métro Bar. « Bad trip ». Mal remis, il croise une admiratrice -elle l'a vu dans une émission littéraire télévisée -répondant au doux nom de Milka Beauvisage et qui ne fait pas sa farouche. S'ensuivront mille péripéties fortes en bouche au cours desquelles Bix passera du bar du Lutétia à un pied à terre douteux du quartier Montparnasse puis à Cadenet, rugueuse bourgade du Vaucluse où l'on sert encore du Gini (« un goût étrange venu d'ailleurs ») avant de risquer les pires outrages du côté de Monaco.
Cette homérique virée éthylique, noyée sous des flots de liquides différemment titrés et stoïquement bus, réjouit le gosier comme les zygomatiques. Pour paraphraser Vialatte (par qui tout a commencé) : « Et c'est ainsi que Jaenada est grand ! »