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Philippe Jaenada,
" Recherche moi-même désespérément "
Par Odile Cuaz

 

 

 

Après " Le chameau sauvage " qui le propulsait dans les meilleures ventes il y a sept ans (déjà), l’écrivain n’a toujours pas vaincu sa timidité, ni gagné en insouciance. Mais l’humour est toujours intact.

Jaenada ne se déplace jamais sans un sac de sport écossais (en toile imperméabilisée, précise-t-il), aussi fonctionnel qu'incongru, comme rescapé des années 60 ou d'une boutique d'un pays de l'Est au siècle dernier. Il y transporte un peu de lui (encore que " lui ", sait-il très bien qui est-ce ?), des tas de papiers; et parfois une canette de bière, afin d'entretenir sa silhouette de nounours placide. Depuis qu'il a publié, en 1997, "Le chameau sauvage", Jaeenada est un auteur à la mode génération quadra, avec ses supporters, ses aficionados; tous ceux qui aiment sa pudeur sans illusions, sa façon de s'introspecter avec une minutie hilarante et son style, cette manière d'ouvrir des parenthèses interminables comme pour prendre le lecteur à témoin de la complexité de l'âme humaine (de celle de l'auteur, particulièrement). Rien en lui, pourtant, n'est à la mode; il vit sans téléphone, se fout de son look, fuit les cénacles de l'édition, voit parfois un pote avec qui il boit une bière et ne quitte femme et enfant que pour aller bosser à "Voici ", où il rédige les potins. Cette fin d'été, il publie son cinquième roman, "Vie et mort de la jeune fille blonde". " Cette fois-ci, j'ai voulu faire un petit livre court ", précise-t-il en commandant un demi. Ou l'histoire d'un homme pas bien vieux, pas plus malheureux qu'un autre, repartant sur les traces de la petite blonde nymphomane qui l'a déniaisé il y a un quart de siècle... Il ne trouvera qu'une junkie désespérément sans âge ni avenir; on sait bien que la blonde pubère d'un soir d'été en short est par nature évanescente, fantasme de quadra toujours ado, incapable d'oublier ses vacances au camping de Carcans-Maubisson... Comme d'habitude, Jaenada écrit à la première personne: non qu'il se prenne pour le nombril du monde, mais parce que son "je" n'est pas lui, comme dirait l'autre. "Quand je parle de moi en écrivant, je ne me sens pas plus concerné que si je parlais de mon voisin de palier... Mon héroïne de 13 ans, c'est autant moi que le narrateur." Nous y voilà: sous sa carapace débonnaire de type bien dans ses (vieilles) pompes, Jaenada abrite (entre autres) une blonde névrosée et "saute-au-paf", et un jeune homme maladroit, soucieux d'aller voir sous les jupes des filles... "On écrit quand on a du mal à s'exprimer, à parler aux autres, constate-t-il. Moi j'ai peur de tout, je suis incapable de demander l'heure dans la rue, d'entrer dans un magasin pour essayer un pantalon." Il a eu 40 ans au printemps dernier; il se dit "liquéfié, foudroyé" lorsqu'il revoit un lieu de son enfance. Et se réjouit de penser qu'une personne au moins le lira après sa mort: son fils Ernest, 4 ans. Dans "Vie et mort...", il y a encore et toujours des tas de parenthèses, voire des parenthèses à l'intérieur des parenthèses (réminiscence de son passé d'étudiant en maths, qui voulait devenir pilote d'avion (et n'avait jamais lu un livre !!!!". "Quand j'ouvre une parenthèse, j'ai physiquement l'impression d'entrer dans un trou... La parenthèse, c'est la cabane des enfants." Laissons aux psys le diagnostic et savourons ce roman vif et drôlement tendre (une parenthèse nostalgique dans l'œuvre de Jaenada ?).

Odile Cuaz, Paris Match (16/09/04)