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La grande à bouche molle

Éditions Julliard, Hors Collection, 2001 / J'ai Lu, n°6493, 2003.

 

 

Tout commence comme ça...

"Je m'appelle Philippe Jaenada, je suis né dans les Yvelines, je vis depuis quelques années à Paris avec ma fiancée la belle Anne-Catherine, j'aime les bars, les livres, les gens et les courses de chevaux, j'ai du mal à dormir, je fume beaucoup, je trouve que je grossis trop ces temps-ci, j'ai trente-cinq ans et je travaille dans une agence de détectives. Mais je vais peut-être me mettre à mon compte.
D'abord parce que détective "privé" ça pose son homme, ça isole illico du monde : on imagine le monde sombre, lourd et maladroit, fourmillant de petites créatures déprimées qui circulent en tous sens dans un brouillard opaque (sans jamais parvenir à quoi que ce soit), et à côté de ça, en haut, dans un bureau, on voit le grand type un peu fatigué avec son chapeau et son imper, flanqué d'une bouteille de whisky à bouchon de liège et d'une secrétaire brune à lunettes avec des jambes longues et souples, des yeux sérieux, innocents, et des seins disproportionnés – on voit le grand type un peu fatigué mais pas déprimé pour autant, paisible et loin du brouillard : il ne s'est pas rasé depuis l'avant-veille, il a le teint pâle et son imper est froissé, mais personne ne songerait à le plaindre. Il est de ces grands hommes qui peuvent sortir un 7 avec un dé. Quand il descend dans le brouillard, même s'il lui arrive de passer des jours à se traîner hagard au milieu des fourmis névrotiques et de tourner en rond avec elles, ou de se heurter comme elles aux murs qui bordent le labyrinthe (voire de prendre en chemin de violents coups de massue sur le sommet du crâne, car il exerce un métier dangereux), il finit toujours par trouver ce qu'il cherche et peut ensuite remonter l'âme en paix dans son bureau. Sa perspicacité, son flair et son Beretta ne l'ont jamais trahi. C'est ce qu'il se dit en avalant une gorgée de Glenlivet à la bouteille, avant d'adresser un sourire un peu fatigué à sa secrétaire extraordinaire. A tous les coups, une veuve pleine aux as va frapper d'une seconde à l'autre à sa porte et venir déposer un gros rouleau de dollars sur son bureau pour qu'il retrouve sa fille de seize ans, qui n'est pas aussi sage qu'on devrait l'être à son âge, ne tient pas l'alcool, se déshabille trop facilement devant ses mauvaises fréquentations et n'est pas rentrée à la maison depuis huit jours. Oui, il va la retrouver. On ajoute un rouleau pour les frais ?"

Philippe Jaenada, détective privé, vit avec Anne-Catherine, est un adepte des courses de chevaux et travaille pour le gros Gilles. Son quotidien consiste à effectuer des enquêtes peu glorieuses. Un jour, la femme d'un certain Persin le charge de suivre son mari. Elle est en effet convaincue qu'il la trompe et souhaite obtenir les preuves de son adultère. C'est ainsi que, bien malgré lui, Jaenada se retrouve embarqué dans un incroyable périple. La première étape a lieu dans la Drôme, près de Romans, où Persin fait halte dans un hôtel Mercure. Entre temps, Jaenada a embarqué une auto-stoppeuse dans sa voiture, Fabienne du Val d'Orvault. Tout s'accélère. Jaenada découvre le cadavre d'une femme dissimulé près de l'hôtel et Fabienne est kidnappée par, semble-t-il, les responsables du meurtre. Il n'en faut pas plus au valeureux détective pour se lancer sur la piste des tueurs...
Dans ce troisième roman, on découvre avec joie la façon dont Philippe Jaenada se joue des stéréotypes éculés du roman policier. Ici, le détective ne brille pas par son courage et l'enquête est loin d'être menée de façon conventionnelle. Les indices ne sont pas extirpés par la force mais grâce à quelques verres offerts aux habitués des bistros normands. Si, malgré lui, Jaenada doit faire parler la poudre, il s'en excuse à chaque fois. Le style débridé de l'écrivain apporte au récit un suspens inattendu et, comme à son habitude, de nombreuses réflexions ironiques sur ses contemporains. De Romans à Veules-les-Roses en passant par New York, l'écrivain-détective Jaenada signe avec La grande à bouche molle un polar aussi drôle que réussi.